La Semaine Sanglante
Jean-Baptiste Clément (extraits : couplets 1 - 3 - 4 - 6 - 7)

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins
Que des vieillards tristes aux larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère
Les heureux mêmes sont tremblants
La mode est au conseil de guerre
Et les pavés sont tout sanglants.

Oui, mais...
ça branle dans le manche
Les mauvais jours finiront
Et gare à la revanche
Quand tous les pauvres s'y mettront ! (bis)

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ce qu'on ramasse au hasard
La mère à côté de sa fille
L'enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la Terreur
De tous les chenapans de bouge
Valets de rois et d'Empereur.

Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup
Il va pleuvoir des eaux bénites
Les troncs vont faire un argent fou
Dès demain en réjouissance
Et Saint-Eustache et l'Opéra
Vont se refaire concurrence
Et le bagne se peuplera

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir
Fiers de leurs états de service
Et le pistolet en sautoir
Sans pain, sans travail et sans armes
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes
Des sabre-peuple et des curés.

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé ?...
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé ?...
Jusques à quand la sainte clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?...
A quand enfin la République
De la justice et du travail ?

(Ecrit par J.B. Clément à Paris au coeur-même de la répression des Versaillais)

J.B. Clément en prison à Ste-Pélagie en 1869. Article reproduit de l'éphéméride YTAK.
Le 23 février 1903, à Paris. Mort de Jean-Baptiste CLEMENT (né le 31 mai 1836, à Boulogne). Communard et auteur de la célèbre chanson "Le temps des Cerises". Avant 1870, il est plusieurs fois condamné à la prison pour ses écrits et pamphlets "Les Carmagnoles", "89", etc. Il siège ensuite à la Commune de Paris. Le 28 mai, il est avec Varlin et Ferré, sur la dernière des barricades. Il se cache un temps, avant de pouvoir trouver refuge en Angleterre, via la Belgique. Condamné à mort par contumace en 1874, il ne rentre en France qu'après l'amnistie de 1879. Il devient socialiste, et s'engage dans le syndicalisme, particulièrement dans les Ardennes, où il donne de nombreuses conférences, organise des syndicats, etc.
Le "Temps des Cerises" fut écrit en 1866. Mais c'est en 1885 qu'il dédiera cette chanson à Louise, ambulancière sur la dernière barricade du 28 mai. Cette chanson deviendra le symbole de la Commune de Paris.

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